En cas de pollution atmosphérique, peut-on tout de même aller courir ? Ou vaut-il mieux annuler une séance car les méfaits de la pollution seraient plus importants que les bienfaits de la course ? Si vous aussi vous vous posez ce genre de question, la suite devrait vous intéresser.

Que risque-t-on à courir dans un air pollué ? (crédit photo : Tom Wang, shutterstock.com)

Que risque-t-on à courir dans un air pollué ? (crédit photo : Tom Wang, shutterstock.com)

Faire du sport dans un environnement pollué : quels risques ?

La pollution atmosphérique est un cocktail de molécules présent dans l’air que l’on respire. Étant donné qu’en courant on consomme plus d’air qu’au repos (5-10 fois plus en endurance), on absorbe donc plus de polluants qu’au repos. De plus, en courant, on respire le plus souvent par la bouche, donc l’air n’est pas filtré par le nez. Voilà pourquoi nous sommes d’autant plus exposés à la pollution quand on court, par rapport à la marche.

Quels polluants dans l’air que nous respirons ?

Les polluants sont principalement le dioxyde d’azote, l’ozone, le dioxyde de soufre, les matières particulaires (ou particules en suspension). Ces particules sont très fines, elles ont un diamètre inférieur à 10 micromètres (PM10). À titre de comparaison, le diamètre d’un cheveu est de 50-70 micromètres, soit 5 à 7 fois plus épais qu’une particule en suspension !

Les chercheurs semblent insister sur le danger des particules en suspension, dont les particules fines (les particules fines ont un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, elles sont notées PM2.5). Ces particules en suspension peuvent avoir une origine naturelle (éruption, feux de forêts par exemple), mais c’est surtout l’activité anthropique qui nous concerne pour la pollution atmosphérique. Voici la contribution des différents secteurs aux rejets de particules en suspension (PM10) en 2012 (d’après le rapport SECTEN du Centre Interprofessionnel Technique d’Études de la Pollution Atmosphérique, disponible ici) :

– le résidentiel/tertiaire (33%), du fait de la combustion du bois et, dans une moindre mesure, du charbon et du fioul ;

– l’industrie manufacturière (29%), en particulier le sous-secteur de la construction du fait des chantiers et du BTP (35% du secteur) ;

– l’agriculture/sylviculture (20%) ;

– le transport routier (14%),

– les autres transports (hors routier) (2%) ;

– la transformation d’énergie (2%).

Voici les mêmes résultats sous forme de graphique dans la partie gauche, la partie droite correspond aux particules fines (PM2.5) :

proportions_emissions_particules_suspension_PM10_PM2.5_2012

Les particules fines sont les plus nocives car elles pénètrent profondément dans l’organisme, jusqu’aux alvéoles pulmonaires et le sang, alors que les molécules plus grossières s’arrêtent dans la trachée et les bronches.

Les risques pour la santé

Voici une liste non exhaustive des risques liés à la pollution de l’air : irritation des muqueuses de la peau et des voies respiratoires, difficulté à respirer, toux, bronchite, asthme, allergies, cancer du poumon, accident vasculaire cérébral. Les mécanismes en jeu ne sont pas toujours bien identifiés, mais la liste est déjà longue !

L’Organisation Mondiale pour la santé (OMS) estime la baisse d’espérance de vie de 8 à 10 mois en Europe, à cause des particules fines. En France, l’OMS estime que 42000 personnes décèdent chaque année prématurément à cause de la pollution aux particules fines.

Leur dangerosité est bien avérée, si bien que, depuis Octobre 2013, le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) a classé les particules en suspension comme agent cancérigène pour l’Homme en raison de preuves suffisantes sur le lien entre exposition aux particules en suspension et augmentation du risque de cancer des poumons.

Les effets de la pollution de l’air sur le corps

Les effets à court terme

Des chercheurs (Samet et al. 2000) ont mis en évidence une hausse de la mortalité globale lors des jours avec pics de pollution, surtout pour les maladies cardiaques et pulmonaires. D’après Peters et al. (2001), les particules fines seraient particulièrement à mettre en cause.

Les effets à long terme

Miller et al. (2007) ont étudié les effets d’une exposition aux particules fines (PM2.5) à long terme. Ils ont étudié 65893 femmes vivant dans 36 villes américaines entre 1994 et 1998. Pendant cette période, 1816 femmes ont eut une maladie vasculaire (mortelle ou non). En analysant le niveau de pollution là où les sujets vivaient, les chercheurs ont mis en évidence une hausse de 76% du risque de mort d’une maladie cardio-vasculaire pour chaque hausse de 10 microgramme de particules fines par mètre cube d’air. Pour information, les valeurs moyennes se situent à 15-20 microgrammes dans l’agglomération parisienne, avec des moyennes journalières pouvant attendre 80 microgrammes, et des pics pendant la journée à 200.

Les mécanismes d’action des polluants sur le corps

D’après Mills (2005), la respiration de polluants atmosphériques entrainerait une baisse du tonus vasculaire et de la fibrinolyse. La fibrinolyse est un processus physiologique de dissolution des caillots sanguins. Une diminution du tonus vasculaire et de la fibrinolyse pourrait mener à une thrombose (obturation d’un vaisseau sanguin) (embolie pulmonaire ou accident vasculaire cérébral) ou un infarctus du myocarde (ou crise cardiaque). Bonne nouvelle : en temps normal, l’exercice améliore la fibrinolyse (d’après Killewich et al. 2004).

Pour en savoir plus

Si le sujet vous intéresse et si vous souhaitez approfondir, je vous conseille le site AirParif, qui contient beaucoup d’informations, en plus des indices de pollution au jour le jour pour l’Île-de-France.

Faire du sport en milieu pollué : quels effets ?

Nous voici au cœur de l’article : que risque-t-on à courir en milieu pollué ? Mieux vaut-il s’abstenir de courir quand l’air est pollué ?

Les effets de la pollution sur la performance

Intéressons-nous d’abord aux effets de la pollution de l’air sur la performance : la pollution de l’air diminue-t-elle la performance sportive ?

Des chercheurs (Marr et Ely 2010) ont étudié les temps des 3 premiers hommes et femmes sur sept marathons aux États-Unis des 28 dernières années. Ils ont corrigé les effets de la température, de l’humidité, et ont montré que le temps de course des femmes (pas celui des hommes) était corrélé avec le niveau de pollution aux particules en suspension (PM10). Pour chaque hausse de 10 microgrammes de PM­10 par mètre cube d’air, la performance des femmes diminue de 1.4%. En effet, le système respiratoire des femmes serait plus sensible aux polluants présents dans l’air.

L’exposition à la pollution avant de faire du sport aurait également un impact sur la séance d’entraînement à venir. En effet, des chercheurs (Giles, Carlsten, et Koehle 2012) ont mis en évidence une hausse du rythme cardiaque de 6 bpm en moyenne lorsque des cyclistes étaient exposés à la pollution (PM2.5 à 300 microgrammes par mètre cube d’air) pendant une heure avant de faire de l’exercice. En revanche, malgré la hausse de fréquence cardiaque, la performance des cyclistes n’était pas affectée par l’exposition à la pollution avant exercice. Il faut noter que tous les cyclistes étaient des hommes, les résultats auraient peut-être été différents avec des femmes, comme le suggère l’étude de Marr et Ely (2010).

Effets du sport vs effets de la pollution à long terme

Essayons maintenant d’aller un peu plus loin : est-ce que les bienfaits du sport contrebalancent les méfaits de la pollution à long terme ? Ou aggrave-t-on les effets de la pollution en faisant du sport dans un air pollué ?

Pour essayer de répondre à ces questions, des chercheurs (Vieira et al. 2012) ont étudié deux groupes de souris pendant cinq semaines. Ils ont exposé les deux groupes de souris au même niveau de pollution. Cependant, un des groupes de souris faisait de l’exercice cinq fois par semaine, alors que l’autre groupe ne faisait aucun exercice.

Quels résultats ont-ils obtenu ? Sans surprise, le groupe qui ne faisait pas d’exercice montrait des signes d’irritation des poumons et de stress oxydatif dû à la présence de radicaux libres. En revanche, le groupe de souris « sportives » ne montrait pas ces signes d’altération. À long terme, le sport permettrait donc de contrebalancer les méfaits de la pollution, notamment en renforçant les capacités du corps à se protéger contre les radicaux libres.

Je n’ai pas trouvé d’études sur des hommes, mais les résultats obtenus sur des souris sont encourageants pour les sportifs 😉

Dans une autre étude (de Hartog et al. 2010), des chercheurs ont essayé d’estimer les changements, en terme d’espérance de vie, si 500 000 personnes au Pays-Bas laissaient de côté leur voiture au profit de leur vélo dans les trajets courts au quotidien. Ils ont estimé qu’en moyenne, pour les personnes passant de la voiture au vélo, l’espérance de vie serait réduite de 0,8 à 40 jours à cause de la pollution de l’air (le cycliste est moins exposé mais ventile davantage), et de 5 à 9 jours à cause des accidents. En revanche, le gain dû à ce surplus d’activité physique serait de 3 à 14 mois.

Ici aussi, les bienfaits du sport dépasseraient les risques liés à l’activité physique dans un air pollué. C’est donc une autre bonne nouvelle 😉

D’après ces deux études, il serait donc préférable de faire du sport, même dans un environnement pollué, que de ne pas en faire du tout, ce qui est plutôt rassurant. Il serait tout de même intéressant d’avoir d’autres études allant dans ce sens. Cependant, le mieux serait surtout de réduire le problème à la source : diminuer la pollution !

Inutile de dire qu'il vaut mieux éviter les grands axes de circulation, et courir le plus loin possible du trafic (crédit photo : AFNR, shutterstock.com)

Inutile de dire qu’il vaut mieux éviter les grands axes de circulation, et courir le plus loin possible du trafic (crédit photo : AFNR, shutterstock.com)

Est-on davantage exposé à la pollution à pied/en vélo qu’en voiture ?

Voilà une question supplémentaire : est-ce l’automobiliste ou le piéton / cycliste qui est le plus exposé à la pollution de l’air ? Et bien, ne vous croyez pas protéger dans votre voiture, car c’est le mode de transport qui nous expose le plus à la pollution ! En effet, l’habitacle de la voiture ne nous protège pas, au contraire les polluants auraient tendance à s’y accumuler (source : lemonde.fr). Mais c’est surtout parce qu’on est au cœur de la source de pollution qu’on est davantage exposé aux polluants en voiture.

En effet, à pied ou à vélo, on peut s’éloigner dans grands axes, prendre une piste cyclable, et cela suffit pour être beaucoup moins exposé qu’en voiture. Voici par exemple la comparaison de l’exposition aux polluants entre deux trajets réalisés par des moyens de locomotion différents à Toulouse (le départ et la destination sont identiques, l’itinéraire de l’est pas) (source : rapport de 2009 sur la qualité de l’air dans les transports, réalisé par l’association Atmo Midi-Pyrénées ORAMIP) :

comparaison exposition pollution air type transport

Dans le cas de la comparaison voiture/vélo, il n’y a pas photo : on est exposé environ 10 fois plus au monoxyde de carbone en voiture qu’en vélo, 1,5 fois plus aux particules en suspension PM10 et presque 5 fois plus au dioxyde d’azote. Bien sûr, le débit ventilatoire (la quantité d’air inspiré sur une minute) est plus important quand on court ou quand on est en vélo par rapport à être assis dans sa voiture, on ne peut donc pas extrapoler directement l’exposition à la pollution en voiture/vélo/à pied aux risques pour la santé.

Néanmoins, avec les études encourageantes que nous venons de voir sur l’effet du sport face à la pollution, et l’exposition moindre quand on est à pied ou en vélo, il est raisonnable de penser qu’on est gagnant à troquer la voiture pour le vélo ou la course, surtout à un rythme modéré. Alors si vous avez peu de temps pour courir (ou pas !), c’est peut-être une solution pour caser une séance supplémentaire lors de trajets courts, type domicile->travail (ou l’inverse, pour bénéficier de la douche à la maison !) 😉

Conseils pratiques

Nous avons vu que des études récentes tendent à montrer que faire du sport dans un environnement pollué ne serait pas si néfaste qu’on pourrait le penser. Au contraire, le sport permettrait de contrebalancer les effets de la pollution de l’air. Ces études sont plutôt rassurantes pour le quotidien, pas seulement pour ceux qui courent dans les grandes villes, car la pollution régionale (pollution de « fond ») touche quasiment tout le monde.

Cependant, je pense qu’il faut rester particulièrement prudent pendant les périodes de forte pollution, et essayer d’éviter de courir lors des pics de pollution. Heureusement, les alertes ne sont pas si fréquentes en France, il est donc assez facile de décaler une séance d’entraînement en cas d’alerte 😉

Dans le prochain article, nous nous intéresserons justement aux conditions météos propices aux pics de pollution, aux variations de la concentration des polluants au cours de la journée, car ce n’est pas aussi évident qu’on pourrait le penser !

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